Fidela Bernat
Jusqu’à la fin du XIXème siècle, le roncalais était d’usage courant dans toutes les maisons, les boutiques et les conversations de voisinage. Les hommes dominaient aussi le castillan, alors indispensable pour eux lors des transhumances et dans les ports des trains de bois. Les femmes, qui sortaient uniquement de la Vallée pour se rendre à la fabrique d’espadrilles de Mauléon, parlaient constamment le roncalais, car l’autre versant de la vallée utilisait le souletin, très proche du roncalais.
L'année qui marqua la fin de la Guerre Carliste, des maîtres d’école non-bascophones arrivèrent à Roncal et interdirent l’usage dans les écoles du roncalais.
Suivit ensuite la construction de la route jusqu’à Isaba, créant ainsi un nouveau courant d’imposition du castillan. Par celle-ci arrivèrent les bûcherons, procédant majoritairement d’Andalousie et de Valence, qui venaient chercher du travail dans la forêt d’Isaba; ainsi que les marchands ambulants et les ouvriers venus construire la route jusqu’à Belagua….
L’ensemble de tous ces facteurs mit en évidence que l’usage du roncalais était peu pratique, et que de plus, son usage était mal vu par la capitale et synonyme d’inculture.
C’est ainsi qu’au dernier quart du XIXème siècle, l’uskara roncalais initia une lente et continue agonie, relégué au début du XXème siècle à l’intérieur des foyers roncalais et occasionnellement dans les conversations de voisinage. A Burgui, la première localité où disparut cette langue, on sait qu'en 1886 " le roncalais est parlé par une minorité qui n’inclut pas de jeunes », selon González Ollé dans son livre « Langue basque et langue romane ». Au début du XXème siècle, les habitants de Burgui ayant quelques notions de roncalais pouvaient se compter sur les doigts de la main. Durant le premier tiers de ce siècle, seules les personnes de plus de 40 ou 50 ans l'utilisaient.
Cette génération d’enfants qui souffrirent à l’école les punitions pour utiliser leur langue maternelle, fut curieusement la dernière génération parlant le roncalais et travaillant à sa transmission. A partir de ce moment, l’uskara dura le temps que vécurent ceux qui furent des enfants à la fin du XIXème siècle.
En 1967 décéda à Isaba, don Ubaldo Hualde, la dernière personne parlant et écrivant le basque roncalais. En 1992, avec le décès de doña Fidela Bernat, à Uztárroz, la dernière personne parlant l’uskara, un élément significatif de la Vallée de Roncal disparu : l’uskara.
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